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Par les temps qui courent, il importe de rester curieux.

Brève de comptoir.

Le bar, il est 22h. Les deux personnages sont attablés côte à côte, le regard absent, vissé sur un coin de la table en zinc.

LUI. - Roger… La même chose.

Silence.

LUI.- Hééé oui, mon bon Monsieur…On dit que le Rock se meurt, qu’il stagne, qu’il est désormais docile, policé… infertile. Qui aurait un jour pensé ça ?

Un temps. On entend le second personnage mastiquer des cacahuètes.

L’AUTRE.- (La bouche pleine.) On est parfois surpris par la tournure des choses… Hein ?

Silence.

LUI.- D’ailleurs, le Rock, il n’effraie plus personne, il se consomme, se recycle, s’aseptise. Ses balbutiements sont pourtant tapageurs,souviens-toi, il crée de toute pièce l’adolescence, une « brand new » strate sociale, il en malaxe ensuite les débordements jusqu’à les canaliser, transformant ainsi des contingents entiers d’ados boutonneux en Don Quichotte à contrat déterminé, jeunes idéalistes pourfendeurs de moulins à vent, ces édifices vénérables qu’ils défendront quelques années plus tard… lorsqu’ils basculeront dans le monde éteint des adultes. Par cet astucieux turn-over générationnel, le Rock invente non seulement le mouvement perpétuel mais assure sa pérennité.

Un silence encore, sauf que cette fois des verres tintent, c’est Roger…

L’AUTRE.- Qu’est-ce que tu causes bien... (Il lève les yeux, regarde Roger qui repart après avoir servi les verres.)... Merci Roger.

Long silence.

 

Une brève de comptoir, comme tant d’autres.. Comme celles du temps où on écoutait des cargaisons entières de productions Post-Punk, Indies, Alternatives...Zombies soniques qu’on continue d’aimer plus pour les souvenirs qu’ils déterrent que pour le caractère essentiel de leur impact sociétal… Ces dernières semaines ont laissé, il est vrai, un goût amer d’ankylose, d’immobilisme, bref, de déclin.

Et puis on a mis sur la platine Pain Olympics de Crack Cloud Et là…

 

Crack Cloud  « Pain Olympics »  Meat Machine  2020.

 

 

Crack Cloud, c’est un collectif de Vancouver, un gang multimedia tentaculaire exempt de hiérarchie, sauf peut être Zach Choy, (parce qu’il faut bien que quelqu’un parle aux interviews), une smala télescopique sans véritable ligne de conduite, a contrario d’autres formations structurées (on pense à la superficialité quasi humoristique de I’m from Barcelona et autres Polyphonic Spree), cette clique canadienne est un entassement bordélique de talents divers, on y trouve des vidéastes, des danseuses, des musiciens…Tous unis par une motivation commune, s’extirper de l’addiction aux produits illicites et créer, créer, créer...jusqu’à ce que sevrage s’ensuive.

 

 

L’album est une cataracte de choses innovantes et modernes qui déboule, en No Limit, parce que la démarche est viscérale, parce qu’ils se doivent de le faire, parce que c’est comme un abcès et qu’il faut que ça sorte, parce que c’est ça ou la méthadone... et c’est justement là que la tribu s’écarte de la convenance proprette de Mega-Bands tel l’Arcade Fire d’aujourd’hui, l’enthousiasme est encore authentique, l’opus sent autant la transpiration que la créativité débridée.

 

 

 

Alors c’est vrai, en bon écouteur de disques, on s'est empressé de cataloguer les produits entendus, et on y a décelé plein de références quadragénaires (No et New Wave) assez immédiates (Gang of Four, Talking Heads, Tuxedo Moon, DEVO, Indoor Life), sauf qu’avec Pain Olympics, on vole bien plus haut que la sphère 80’s, on y trouve aussi des choses totalement actuelles issues du Hip Hop, de l’Electro, du Free Jazz… Et puis, il y a cette sincérité impérieuse qui suinte sans relâche tout le long des sillons.

 

Pain Olympics, c’est comme des croûtons d’émotion pure qui tourbillonnent dans une soupe en fusion, une ode au mouvement brownien en quelque sorte.

Pain Olympics, cest comme regarder une toile de Jean–Michel Basquiat, on y retrouve l’urgence chamarrée, brouillonne, terriblement ancrée dans une réalité en phase avec l’instant.

Pain Olympics est intègre, il explose les stéréotypes, on n’y trouve aucune construction sensée, refrains et couplets se dissolvent dans des emboîtages musicaux soit avortés soit déroutants, rien n’y suscite l’accrochage immédiat, et puis arrive le moment où il vous prend aux tripes… Et là…

On pense bien que « LE » Duke, du haut de sa Blackstar doit beaucoup aimer ça.

Pain Olympics : Une des découvertes de l’année.

D’ ailleurs sur la pochette, ils ont écrit « Based on true shit »… Et on les croit.

 

 

 

Le bar, 22h30.

L’AUTRE.- Et sinon, le Rock ?… Il est mort ?

Silence, des verres tintent, la porte grince, des gens partent.

LUI.- On n’en sait rien, et, à vrai dire, on s’en fout. L’important c’est l’esprit, (un temps, il renifle puis prend un accent traînant et nasillard.)...You know what I mean...The Spirit, Man… The Spirit… (Il soupire.)… Alors, tant qu’on reçoit deux ou trois albums de cette trempe chaque année… Et bien, on est content…

Silence.

L’AUTRE.- Roger… La même chose.

23h00… Le bar ferme (Covid oblige) les gens s’en vont, et on s’en va aussi.

Mais on vous laisse l’album en écoute intégrale.

A bientôt ?

 

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Commenter cet article

Del Cane 28/08/2020 22:29

Magnifique comme tujure!